Chorus Pro : simplification ou complexification administrative ?

Cette semaine, avant de partir en vacances, je vous propose un retour d’expérience sur l’utilisation de Chorus Pro, présenté comme un guide pour naviguer dans les méandres de la bureaucratie.

Cet article fait suite à celui consacré à la commande publique artistique et à la fameuse “simplification administrative”.

Dans la série des plateformes numériques censées nous “simplifier la vie”, j’ai récemment découvert Chorus Pro, la plateforme nationale française de facturation et de paiement pour la sphère publique. Déployée progressivement à partir du milieu des années 2010, elle a été mise en place pour accélérer les paiements, simplifier les procédures, assurer la traçabilité et réduire l’usage du papier.

Si la démarche est séduisante. Dans la pratique… voici ce qu’il en est.

La page d’accueil de la plateforme

Marche à suivre pour utiliser la plateforme

Pour commencer, vous allez devoir créer un compte sur la plateforme et renseigner une nouvelle fois vos coordonnées professionnelles (les mêmes que vous avez déjà dû remplir à plusieurs reprises lors de la procédure d’appel à projet).

Une fois votre compte créé, vous devrez générer votre facture au format PDF, puis l’importer sur la plateforme.

L’ergonomie du site n’est pas des plus intuitives lors d’une première utilisation. J’ai moi-même dû m’appuyer sur un court tutoriel vidéo pour créer mon compte, puis sur un second tutoriel — cette fois en PDF — pour comprendre comment importer correctement la facture.

Mais le travail ne s’arrête pas là : vous devez ensuite reporter manuellement les informations essentielles de votre facture dans un formulaire en ligne. Encore un bel exemple de doublon administratif, où l’on se demande clairement pourquoi ce travail nous incombe.

à gauche de l’image, la facture en pdf. À droite, les éléments à reporter.

Après avoir déposé ma facture sur la plateforme et saisi les informations demandées, — une tâche dont je doute qu’elle devrait revenir à l’émetteur de la facture —on valide ensuite le dépôt du document sur la plateforme.

Votre facture apparait donc dans le tableau de bord suivant :

Conformément à sa configuration, je pensais que ce tableau de bord allait me permettre de suivre précisément l’avancée du paiement, mais dans mon cas, ma facture est restée bloquée au statut « mis à disposition ». Une situation stressante qui m’a obligé à écrire deux fois à mes interlocuteurs pour m’assurer que ma facture était bien en cours de traitement…

Comme pour presque toutes les démarches en ligne, on finit par devoir appeler ou écrire “à l’ancienne”, car les plateformes ne fournissent aucune information tangible pour se faire une idée de la situation ou des délais — informations dont on a pourtant cruellement besoin si l’on veut planifier son projet.

La logique voudrait que tout cela accélère le paiement…

…mais ce n’est pas le cas.

On pourrait croire que le travail que l’utilisateur a effectué, c’est-à-dire la saisi de la facture dans le système informatique de l’administration permette d’accélérer la procédure. Eh bien, détrompez-vous : le délai de paiement annoncé pour cette facture est de 30 jours.

Et encore, 30 jours est un minimum et dans mon cas, ce délai a été dépassé par l’administration… Ce qui me permet d’ajouter un paragraphe à cet article pour présenter ce qui se passe en cas de retard.

Passé 30 jours de retard, l’administration applique automatiquement une indemnité forfaitaire (intérêts moratoires), ajoutée par le comptable public au montant de votre facture sans aucune démarche de votre part.

Conséquences de cette lenteur

À travers cet exemple, force est de constater que l’objectif de cette plateforme numérique, censée “simplifier la vie des entreprises” et “réduire les délais de paiement”, n’est absolument pas atteint.

À l’heure où je publie cet article, le paiement a un retard de 42 jours, délai qui s’ajoute aux huit mois de retard accumulés lors de la phase de contractualisation…

On s’étonne que les retards soient traités avec autant de légèreté, alors même que l’objectif devrait être de tendre vers zéro retard. Nous avons certainement autre chose à financer que le paiement d’intérêts moratoires…

La situation est regrettable car, sans entrer trop profondément dans les questions économiques, cette lenteur administrative a un impact direct sur l’activité économique : la monnaie circule beaucoup trop lentement et les acteurs économiques se retrouvent en pause forcée, réduisent leurs dépenses, différèrent leurs investissements, ce qui alimentent ainsi un cercle récessif qui s’auto-entretient…

Pour les artistes, cela signifie qu’il faut impérativement anticiper ces retards de paiement et prévoir un budget plus conséquent pour gérer ces embûches administratives.

Avant / Après : vous avez connu l’ancien système ?

Si vous avez travaillé avec des administrations publiques avant la numérisation, ou si vous connaissez des personnes que ce sujet pourrait intéresser : n’hésitez pas à nous contacter.

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Ps : L’Observatoire vous souhaite d’excellentes vacances. On se retrouve début janvier pour la suite de ces aventures urbaines et artistiques.

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